Pierrot Gourmand

(confiserie, France)

 

Après un apprentissage chez John Tavernier (v. drop, note), GeorgesÉvrard débuta modestement son métier de confiseur en 1892 à Paris, dans le quartier du Marais (42, rue des Rosiers). Sa première création : un bonbon à la réglisse parfumé à la violette (Pecto Réglisse). Un succès rapide l’amena à agrandir son entreprise, qui émigra d’abord non loin, 7-9 rue Barbette, puis, en 1906, au 34 de la rue Sedaine (xiearrdt). En1911,son catalogue ne proposait pas moins de quatre-vingts variétés de sucreries : bonbons au miel (gâtinoises, pastilles au miel du Gâtinais ;miellines, en forme de ruche) ; mignons, petits coussins satinés à la framboise et au citron ;  violettesdeParme ; etc. Il ne devait cesser de s’élargir, réunissant grands classiques (bonbons acidulés, caramels au lait, Hopjes français, bonbons en losanges, pastilles à la gomme, etc.) et créations originales, inspirées notamment par la production étrangère (drops, rocksetc.) — Riviera, bonbon allongé et rectangulaire fourré à la pulpe de fruits déposé en 1912 ; gamme des bonbons surfins Cléo ; etc. Bien que confronté à des difficultés (concurrence, Grande Guerre, etc.), Évrard choisit de construire une usine de chocolaterie-confiserie de dimensions industrielles, à Ivry-sur-Seine (72, rue de Paris), et de s’associer avec le chimiste Henri Herbet, au sein de la société en nom collectif Évrard et Herbet (1917). Devenue en 1924 Société Anonyme des Établissements G. Évrard et Herbet, celle-ci conserva comme enseigne commerciale Au Pierrot Gourmand. Fidèle à son slogan « Pour ceux qui ont la santé, un mauvais bonbon est à supprimer. Un “ Pierrot Gourmand ”est à ordonner… », l’entreprise s’efforça de s’adapter à l’évolution de la confiserie industrielle et de ses modes de distribution. Gérée par les fils des deux associés, elle resta familiale jusqu’en 1976, année où elle fut reprise par la société confiturière Andros, établie à Biars-sur-Cère (Lot). Dès 1977, elle lança ses sucettes boules, au caramel et aux fruits, monocolores ou bicolores. Suivirent les gélifiés en 1983. Elle déménagea sur le site d’Altillac (Corrèze) en 1992.

Stand à la Foire de Paris.

Parmi les friandises produites au début du IIImillénaire : les sucettes, des bonbons en réglisse ludiques (comme le Touché-Croqué, vaisseaux en réglisse permettant de jouer à la bataille navale) et des gélifiés (Dinos, en forme de dinosaures ; ABCD, en forme de lettres ; Pulpés,aux tons pastels ; etc.).

 

Le 18 octobre 1899, Évrard avait déposé la marque Au Pierrot Gourmand, exploitée depuis 1892. Au xixesiècle, le Pierrot était un personnage à la mode. Le mime Jean-Gaspard Deburau créa, au théâtre parisien des Funambules, plusieurs spectacles à succès. Son fils, Charles, lui succéda dans le même emploi. Et le Pierrot, héros de ces pantomimes, allait inspirer au dessinateur Adolphe Willette un Pierrot montmartrois et poète. De l’art à la gourmandise, le pas fut vite franchi. La publicité de l’époque ne manquait pas d’idées… Évrard fit exécuter, en 1892, la maquette d’un Pierrot assis sur un croissant de lune et offrant des bonbons à une Colombine gourmande ; cette image allait rapidement devenir l’emblème de la marque… et de la sucette. L’entreprise allait ensuite faire appel pour sa publicité à plusieurs artistes connus : Georges Folmer (Pierrot tombant assis dans un panier de friandises, en 1926), Armand Henrion (visage d’un Pierrot rieur, voirehilare, en 1934), René Vincent (Pierrot au pain de sucre et au panier de fruits, dans les années 1930), Claude Meiller  (Pierrot au bidon de lait et au panier de fruits, dans les années 1980), etc.

 

Le présentoir à sucettes fut l’objet publicitaire majeur de la firme. À partir des années 1930, un buste de Pierrot en papier mâché noir vint remplacer le présentoir en éventail, en bois, créé en 1926 pour la vente des sucettes. La physionomie de ce porte-sucettes allait ensuite se modifier peu à peu, au gré des modes, et son support, changer de matière : buste jaune en faïence, avec collerette argent dans les années 1930-1940 ; plâtre peint en jaune au début des années 1950 ; plâtre peint en bleu, faïence blanche et noire dans les années 1980 (avec une image plus proche de celle du Pierrot traditionnel) ; et, enfin, au tournant du iiiemillénaire, un rehaut d’or (collerette, socle, notamment) pour un buste à tirage limité plus destiné, semble-t-il, aux collectionneurs qu’aux détaillants…

René Vincent.

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