Lefèvre-Utile

(biscuiterie, France)

 

En 1846, un jeune pâtissier de Varennes-en-Argonne, dans l’est de la France, choisit de s’installer à Nantes où, lui avait-on affirmé, il y avait place pour un homme de sa spécialité. Rien n’aurait pu alors laisser supposer qu’une épopée industrielle débutait là. Pas plus ne le suggérèrent son mariage, en 1850, avec Pauline-Isabelle Utile, originaire de Marle (Aisne), et la reprise d’une pâtisserie, sise au 5 de la rue Boileau, où étaient surtout fabriqués macarons, massepains, biscuits roses de Reims et bonbons de sucre cuit. La ferme volonté de Jean-Romain Lefèvre de se limiter à une petite gamme de produits pour pouvoir assurer la meilleure qualité possible fut, sans nul doute, la clé de sa réussite. Mais, cette production s’avérant bientôt insuffisante, malgré une gamme élargie, l’entreprise, baptisée « Lefèvre-Utile » à partir de 1860, fut contrainte d’importer des biscuits anglais, alors très en vogue.

 

En 1882, la santé de son père s’étant dégradée, Louis Lefèvre-Utile (1858-1940) reprit l’affaire. Après avoir observé les méthodes de production anglaises et avoir noté que les biscuits d’outre-Manche étaient confectionnés avec des matières premières importées de France, principalement de Bretagne et de Vendée, il entreprit de fonder une grande biscuiterie. À cette fin, il acquit une ancienne filature du quai Baco, sur l’île Gloriette, l’aménagea avec un outillage de haute technologie, d’origine anglaise, et dans cette vaste usine (2 000 m2) débuta la fabrication de toute une gamme de gâteaux secs inspirés des créations anglo-saxonnes : Marguerites, Patiences, Revenez-y, Duchesses, etc. Mais tous allaient être quelque peu relégués dans l’ombre par le fulgurant succès du Petit-Beurre, lancé en 1886. En 1887, Louis Lefèvre-Utile s’associa avec son beau-frère, Ernest Lefièvre, pour fonder la Société Lefèvre et Lefièvre, Ernest assurant la gestion et Louis la fabrication. La Manufacture Biscuits Lefèvre-Utile, ravagée par un incendie l’année suivante, fut aussitôt reconstruite, agrandie et embellie. Au tournant du XXsiècle, elle allait s’étendre grâce à la désertion d’entreprises voisines et prendre un aspect monumental, sous la férule de l’architecte parisien Auguste Bluyssen. Dressées au-dessus de la Loire, face au pont de la Rotonde, et surmontées de dômes élégants, ses deux tours (1903), ornées, à leur niveau supérieur, de peintures et des trompettes de la Renommée — sculptures dues à F. Perraud (1909) —, devinrent dès lors indissociables du paysage nantais… jusqu’à ce que,  endommagées par les bombardements, en 1943, elles soient démontées par mesure de sécurité — n’en subsista que la moitié de l’une d’elles. C’est en 1986 que fut construite l’usine de La Haie-Fouassière, appelée à remplacer ces bâtiments nantais.

     Luigi Loir,  1900-1903, imp. Champenois, Paris.

Au cours de ces décennies, la firme ne cessa de croître, certes spécialiste de biscuits à pâte dure (Petit-Beurre, Petit-FrançaisPetit-Louis, Utile, LULU, biscuits de mer, etc.), mais aussi de galettes bretonnes, macarons, gaufrettes, boudoirs, biscuits « Champagne » et d’une multitude d’autres friandises. L’obtention du Grand Prix décerné à la biscuiterie française lors de l’Exposition Universelle de Paris (1900) vint consacrer son indiscutable réussite. En 1913, elle produisait plus de vingt tonnes de biscuits par jour, occupait mille deux cents personnes, et son usine couvrait 40 000 m2. Son activité subit, certes, les turbulences des deux conflits mondiaux — un temps, l’entreprise, réquisitionnée, fabriqua du biscuit de guerre —, mais elle parvint à se redresser et modernisa son image (logo, emballages). Le nombre de ses produits, qui avait atteint près de 200, tomba à 15 au début des années 1960, les principaux étant le Petit-Beurre, le Beurré nantais, le Boudoir, le Champagne, la Paille d’Or et le Figolu (dernier né des années 1960). Il diminua encore à la fin de cette décennie, pour laisser place à de nouveaux gâteaux secs, plus adaptés au goût du jour. En 1968, de l’alliance signée entre LU et cinq autres biscuiteries (Brun, Trois Chatons, Saint-Sauveur, Rem et Magdeleine) naquit le groupe LU-BRUN et associés. Mais les dissensions intestines devaient favoriser, dans les années 1970, son intégration au sein de la Générale Biscuit, troisième groupe mondial de l’industrie biscuitière et biscottière — derrière l’américain Nabisco et le britannique United Biscuit. Tout en demeurant telle qu’à ses origines, la tradition LU dut ainsi s’insérer dans un cadre industriel plus puissant. D’autant plus que la Générale Biscuit fut absorbée en 1986 par le numéro un de l’agro-alimentaire français, BSN, et que ce parcours aboutit au groupe Danone (2001). Enfin, en 2007, les biscuits de Danone (LU) furent repris par le géant américain Kraft Foods. Parmi les dernières créations, de  la  fin  des  années  2000 : le Petit Déjeuner, biscuit au yaourt, et le Tout Petit LU à croquer, en deux parfums (éclats de caramel au beurre salé ou éclats de noisettes et chocolat).

Moule provenant d'un découpoir alternatif pour le biscuit Petit-Beurre.

Musée d'Histoire de Nantes.

L'Illustration, 29 mai 1937.

La publicité

 

Cette biscuiterie nantaise fut une pionnière en matière de stratégie publicitaire. Vers 1855, son fondateur choisit d’abord, pour image de marque, l’Ange de la Renommée, personnage ailé vêtu d’une toge et soufflant dans une longue trompette. Cette image revue, en 1888, par le sculpteur Eugène Quinton, figura sur tous les produits jusqu’en 1947, où lui fut substitué un décor géométrique. Par ailleurs, entre 1890 et 1914, les plus grands artistes œuvrèrent pour la réclame LU. Firmin Bouisset, prenant son fils pour modèle, créa, en 1897, le Petit Écolier croquant un Petit-Beurre. Alfons Mucha fit un superbe éloge « Art Nouveau » des Biscuits Champagne (1896), du biscuit Flirt (vers 1899), de la Gaufrette Vanille (vers 1901), illustra la boîte en carton des Biscuits Madère (1901) et renouvela l’habillage de plusieurs boîtes métalliques. Luigi Loir signa le panneau-affiche lithographique figurant l’usine de Nantes et le pavillon LU à l’Exposition Universelle de Paris en 1900. L. Rossi créa La Parisienne (vers 1900), J. Comerre-Paton L’Espagnole au miroir (vers 1908), et Delphin Enjolras la Femme Cimbale (1909). V. Bocchino conçut Les enfants devant la vitrine (1905) et L’enfant au parapluie (1912). Marie-Aimée Lucas Robiquet apporta une note d’exotisme avec Tahadat et Khadidja (vers 1914), deux fillettes algériennes dans une oasis. De tous ces tableaux, résultant de la collaboration annuelle que Louis Lefèvre-Utile avait entrepris d’établir avec un peintre, le célèbre imprimeur parisien F. Champenois tirait affiches, cartons, panonceaux, calendriers, etc. Car la biscuiterie eut recours aux supports les plus divers. Des innombrables chromos aux cartes autographes (1901-1912), gaufrées et dorées, réunies dans les deux Albums des Célébrités Contemporaines, qui conservent le souvenir de grandes figures de la Belle Époque, d’Anatole France à Sarah Bernhardt.

Dans les années 1950, à l’initiative de Patrick Lefèvre-Utile, petit-fils du fondateur, la biscuiterie fit appel à de grands talents, comme René Gruau, André Maurus, de l’imprimerie Lilloise Goosens, ou le célèbredesigner Raymond Loewy, qui, en 1957, repensa la présentation des paquets LU et en conçut le logotype — deux lettres blanches sur bandeau rouge — qui a perduré jusqu’à nous. Puis, dans les années 1970-1980, la politique créative de LU se poursuivit avec des artistes contemporains comme Cadiou, Boncompain, Desclozeaux, Renoux ou Folon, voire l’affichiste américain David Lance Goines. À Raymond Savignac reviennent la publicité de l’exposition « L’Art et les biscuits » (1988), montrant une fillette et un garçonnet — dont la silhouette évoque l’écolier de Bouisset — croquant des Petit-Beurre, assis sur le célèbre petit panier LU, ainsi que l’affiche Papa Noël et son LU (années 1990).

Les affiches

 

Etienne Adolphe Piot (1850-1910),imp. Champanois, Paris. A gauche : 1890. A droite : 1911, 52 x 69 cm..

Alfons  Mucha, 1896.

        Paul Chabas; imp. Champenois, Paris, 1905.

Imp. Champenois, vers 1900.

Imp. Champenois, Paris, 1896, 64 x 46 cm.

Alfred Guillou, imp. Champenois, 1914, 52 x 70 cm.

Imp. Champenois, Paris.

Imp. F. Champenois, Paris, 1892 (?)

Imp. F. Champenois, Paris, 1891 (?), 35 x 50 cm

Imp. Champenois, Paris, 1890.

Jean-Pierre Desclozeaux, 1992, imp. Marchand, Paris.

Imp. Champenois, Paris, 1892 (?).

Alfonso Mucha, imp. Champenois, Paris, 1900.

La publicité presse

 

Les chromos

 

Les cartes postales

 

Divers

 

Calendrier, imp. Champenois, Paris, 1893, 45 x 63 cm.

Calendrier, Alfons Mucha, imp. Champenois, Paris, 1897,

45 x 65 cm.

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