L'extravagance culinaire

 

Fresque, scène de repas ans le triclinium, Pompéi.

 

L’insolite vient aussi de l’extravagance, qui, très souvent, dérive d’un luxe effréné ou d’un souci de raffinement poussé à l’extrême. L’Antiquité en fournit maints exemples. « Les Thessaliens, comme le confirme également Critias, sont à eux seuls les plus extravagants des Grecs dans le choix de leur nourriture et dans le raffinement de leur mise ; c'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, les Perses attaquèrent la Grèce, furieux de voir les Thessaliens imiter leur luxe et leur exubérance. » (1)

       « Les Grecs de Sicile étaient également fameux pour leur luxe, en particulier les Syracusains. Aristophane ne dit-il pas dans ses Fêtards : 

“ Ce n'est pas du tout ce qu'on lui a inculqué quand je l'ai mis à l'école ; il a plutôt appris à boire de bons coups, à chanter des airs salaces, à dresser une bonne table syracusaine, à se goinfrer comme les Sybarites, et à ingurgiter des vins de Chios, de Laconie... ”

         Et Platon dans ses Lettres dit : 

“ C'est avec cette intention que j'ai décidé de visiter l'Italie et la Sicile pour la première fois. Mais dès que je fus arrivé, leur mode de vie me révulsa : pensez donc ! une vie où l'on mange jusqu'à se rassasier deux fois par jour, et où, la nuit, on ne peut jamais être tranquille ; et que dire encore des autres pratiques qui sont liées à cette existence ! Avec de telles coutumes, nul homme sous le ciel ne pourrait faire cure de sagesse, surtout si leur usage remonte à l'enfance. Bref, là-bas, il est quasiment impossible d'apprendre la vertu, ni même ses rudiments ! ”

        Et dans le livre III de la République, il écrit ceci :   

“ La gastronomie syracusaine, les mets si riches de Sicile, j'ai l'impression, mon ami, que tu les condamnes. 


— En effet !


— Tu n'approuveras pas non plus que des hommes désirant préserver leur vigueur couchent avec des coquines de Corinthe ?

— Sûrement pas.


— Tu refuseras évidemment qu'ils savourent les chefs-d'œuvre de la pâtisserie attique. ” » (2)

(1) Athénée, Deipnosophistes, XII, 33.

(2)  Athénée, Deipnosophistes, xii, 34.

A Rome, les cruelles extravagances de Commode Antonin dépassent l’entendement… « On dit qu’aux mets les plus exquis il mêla de la fiente humaine, et ne craignit pas d’en goûter, dans l’idée qu’il allait pouvoir rire aux dépens des autres. Il se fit apporter un jour sur un plat d’argent, et couverts de moutarde, deux bossus tout contrefaits, qu’à l’instant même il éleva aux honneurs et enrichit. Il fit jeter dans un vivier Julien, son préfet du prétoire, en toge et dans l’exercice de ses fonctions. Il l’avait forcé de danser nu devant ses concubines, agitant des cymbales, et se défigurant par des grimaces. » (3)

(3) Ælius Lampridius, Vie de Commode Antonin, XI. Il vécut au début du IVe siècle, sous les règnes de Dioclétien et de Constantin le Grand, auxquels il dédia ses écrits.

Musée archéologique national de Naples.


Marquise de Créqui,

Souvenirs,  tome 1, chapitre 1.

 

Julie de Commerfort, femme d'Adrien-Hugues de Créquy, Comte de Canaples et Vidame de Tournay. Il était veuf en premières noces de Charlotte de Rohan-Guéménée, sœur du Cardinal Armand-Jules et de la Comtesse de Brionne dont il est souvent parlé dans la suite de ces Mémoires.

 

« Mlle des Houlières arrivait de votre province où elle était allée passer quelque temps auprès de la malheureuse châtelaine de Canaples, et comme elle avait été témoin de toutes les extravagances de votre pauvre oncle, elle avait peine à s'en taire devant nous. (On était loin de savoir alors que j'épouserais un Seigneur de la maison de Créquy.)

          Imaginez qu'au château de Canaples il était interdit de servir à manger aux heures habituelles des repas, de sorte qu'on allait déjeûner, goûter ou collationner, comme on voulait, pourvu qu'on n'appelât pas cela dîner ou souper, dans une espèce de réfectoire où le buffet se trouvait garni, tant bien que mal, avec des pâtés de loutre qu'on fabriquait à Wrolland, et des jambons d'ours que M. de Canaples faisait venir de ses plantations du Canada. Il ne pouvait endurer les tournes-broches, qu'il appelait une invention des bourgeois et des financiers. Le rôti se fabriquait chez lui comme au XIIIe siècle, au moyen d'une roue tournante et à claire-voie, dans laquelle on enfermait un gros chien qui s'y démenait comme un diable, et qui finissait toujours par en enrager. Vous n'avez pas d'idée de la consommation de caniches et de mâtins qu'on faisait dans cette cuisine. La Comtesse était obligée de se faire servir par un heiduque ou par des laquais, ce qui fait qu'elle s'habillait et se déshabillait toute seule. Il avait chassé toutes ses femmes, en disant que c'étaient les femmes de chambre qui donnaient des puces aux chiens. Mlle des Houlières ne tarissait pas sur toutes les folies de ce pauvre Comte. »


Un dîner original

 

Je sais tout, Paris, juillet 1905

 

« Il fut offert par Mme Clarc Duvivier qui avait fait la trouvaille originale et charmante de répartir ses invités par petites tables dont chacune portait une enseigne dans le style des hôtelleries du Moyen Age. On remarquait :

« Le chien qui fume », « Le bouquet de fleur d’oranger », « Le puits d’amour », « Le petit Saint-Antoine », « La bonne galette », « La petite marmite », « La gerbe d’or », « Les blanches colombes », etc., etc…

Ravis par cette innovation charmante, égayés par l’orchestre des tziganes qui se fit discrètement entendre pendant tout le dîner, les convives qui comprenaient presque tout le Paris élégant furent d’un entrain étourdissant, et la fête, qui se termina bien entendu par un tour de valse, ne finit guère avant le jour. »


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Commentaires

Jehanne
il y a 2 mois

Bonsoir,
Concept super top ahah et franchement j'adore le reglis à la fraise .
N'oubliez pas, le meilleur ami de l'homme c'est la panda !
Cordialement